Mardi 29 mars 2067 Iolé, Rites et rituels de guérison
Pensez-vous que notre santé se focalise sur le soin plutôt que sur la guérison? Est-il plus important de montrer qu'un un traitement marche ou juste de constater qu'il fonctionne? Faut-il interdire certaines medications sous prétexte qu'on ne sait pas encore prouver qu'elles fonctionnent? Quelle idée vous faites vous des énergéticiens, les magnétiseurs, des passeurs d’âme, des herboristes, des naturopathes, des masseurs, etc? Je mets toutes ces activités bien différentes dans la même phrase car toutes viennent de l'expérience et de la pratique de nos ancêtres. Beaucoup de médicaments viennent des plantes.Je vous invite à découvrir le témoignage d’Alain

Bonjour l’agora, ça va ? Depuis qu’Alain a écrit sur ses pratiques de guérisseur, le 24 février, j’ai été sollicitée par beaucoup de personnes qui trouveraient ça super qu’il parle de son savoir plus longuement, et en collectif, à l’agora. Alain n’avait pas trop envie, au début, mais quand je lui ai dit qu’on réunissait plusieurs intervenants qu’il connaissait bien autour de la recherche de guérison dans la tradition populaire, il a dit oui. C’était super, il y avait beaucoup de monde venu des agoras alentour, et on a eu quelques milliers d’agoranautes en ligne. J’ai envie de partager avec vous quelques extraits de ce que nous a partagé Alain, et le remercier pour ce partage…

« Conjurer, passer ou barrer le feu, voilà comment on parle de cette pratique qui m’a été transmise. Tout gamin, j’ai noté quelques petites choses relevant du religieux ou du surnaturel. Les premiers trucs, c’étaient les colliers d’ail pour « tuer les vers »,souvent liés à la lune parce qu’on était souvent plusieurs à porter cela, enfants. On nous frottait les tempes avec du vinaigre, aussi, dans l’idée de chasser la méningite. Cela tenait de l’empirisme. Selon le mal dont on souffrait, on allait voir des gens qui avaient appris. Bien avant que le mot « syndrome post-traumatique » n’existe, ma grand-mère m’a raconté que quand les gens avaient « attrapé la peur », suite à un accident, les gens allaient voir Philomène Le Rot. Elle préparait un onguent avec un pot de moutard et des herbes qu’il fallait frotter sur sa poitrine. Puis elle est décédée et a emporté son savoir avec. C’est comme cela qu’une lignée de guérisseur pouvait disparaitre, tout simplement, sans avoir transmis. Alors que ce savoir aurait pu entrer dans notre actuelle et récente pharmacopée collective. Dommage ! 

Dans le mot « coupeur de feu », il y a dans le feu comme quelque chose de diabolique, fantomatique, de par sa forme et la manière d’agir. J’ai appris avec ma grand-mère, sans cérémoniel. Elle m’a dit un jour : « Alain, tu ne veux pas guérir les brûlures? ». J’ai dit oui. Elle m’a donné un papier qui expliquait comment faire. Elle m’a montré une fois. On continue à dire que c’est un secret, mais tout le monde a accès  à ce savoir. C’est une prière à réciter, et un geste à faire… Il y a un côté mystique, mais il n’est pas nécessaire d’être croyant pour réciter cette prière. Elle marche sur des personnes de confession chrétienne, musulmane, juive, des personnes athées, j’ai tout essayé. Je crois qu’elle repose sur un vieux rite païen. Il y a un côté universel dans cette pratique. Cela ne marche pas à tous les coups. Je fais toujours le même rituel : me lave les mains, je fais un signe de crois, je mouille mon doigt et tourne mon doigt dans le signe inverse des rayons du soleil, en soufflant, pour conjurer, et je récite la prière.On considère la brûlure comme une parcelle, une partie atteinte bien délimitée avec le pouce. C’est la terre. La salive, c’est l’eau. Le souffle, l’air et le feu, la partie brûlée. Ce ne sont pas des explications, mais du ressenti… Le secret, c’est une question de confiance entre le guérisseur et la personne qu’il va soigner. On transmet le don à condition qu’il soit bien utilisé. 

Ma grand-mère m’a conseillé de ne pas le faire avant d’être plus vieux, parce que c’est fatigant. Après avoir soigné plusieurs zonas, j’en ai attrapé un à l’oeil, une fois. Une douleur terrible. 
Alors j’ai attendu. Quand on devient coupeur de feu, il faut attendre que quelqu’un se brûle (!). Ça n’arrive pas tous les jours, mais ça finit par arriver…  C’était ma femme. Elle sortait un gâteau du four. J’ai essayé et ça a marché, la douleur est partie. Être coupeur de feu ce n’est pas forcément facile, on prend des grands coups dans la carcasse. Il a fallu que j’apprenne à chasser la mauvaise énergie. Aller dehors, souffler… Le sel m’aide beaucoup. Merci, Jean, pour ce conseil appris tardivement, mais qui m’a bien aidé. 

Dès lors qu’on a un don, il se transmet. Et dès lors qu’on l’a, on est tenu de le pratiquer. C’est pas que j’aime le faire, mais j’aime bien soulager les gens. On agit souvent dans l’urgence, nous les passeurs de feu. Sur la peau. La peau, c’est l’endroit où s’écrit la douleur des gens par différentes expressions. La pratique a évolué petit à petit, et s’ouvre aussi à des soins préventifs pour des personnes en radiothérapie, pour supporter les rayons. 

Ah oui souvent les gens me disent: « on vous doit quelque chose? ». Non, il n’y a pas de rapport à l’argent dans ce don. En général, on m’offre quelque chose, ça doit être à la tête, car pour moi c’est souvent des bouteilles. »

Merci, Alain, on a bien ri avec toi et on a pu en savoir plus sur cette pratique qui, comme tu l’exprimes, relève plus du ressenti que de l’explication.

La journée a été riche en intervention, je n’ai pas eu le temps de tout noter, mais ce que je retiens, c’est que les frontières entre la médecine classique et traditionnelle se fondent de plus en plus, et qu’on a de la chance aujourd’hui d’aller vers une conception holistique de la santé, avec une complémentarité et une collaboration en confiance des professionnels de la médecine et guérisseurs populaires.

Crédit photo Anete Lusina

 

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