Mercredi 4 mai 2067:  Marianne, du temps des confinements
Pensez-vous qu’on peut voyager dans le temps? Si on en croit Einstein, «Les gens comme nous, qui croient à la physique, savent que la distinction entre le passé, le présent et l'avenir n'est qu'une illusion obstinément persistante.» Du coup je vous invite à voyager dans votre temps comme le fait aujourd’hui Marianne.

C’est marrant, en rangeant mes vieilles archives informatiques, je suis retombée sur ce texte que j’avais écrit lors du premier confinement, en 2020, au cœur de la crise sanitaire mondiale que nous avions connue. Je partage  : 

Du temps pour réagir

comprendre

encaisser

flipper

guérir

soigner

du temps pour se manquer

du temps pour respirer

pour manquer d’air

pour s’ennuyer

du temps pour là,

pour ici.


Du temps loin du passé,

loin du futur.

Du temps suspendu.

Du temps en cage à tourner en rond.

Du temps pour le pire et le meilleur.

Du temps pour la moitié du monde.

Du temps face à la mort.

Du temps pour les mortels.


Du temps à saisir, 

à écouler, à palper…

du temps 

dans les cases, les chez-soi

et le mouvement inverse

du pouls qui bat

s’accélère ou s’arrête

dans les hôpitaux.


Le grand temps du monde.


Du temps pour ouvrir la porte du frigo

bouillir, couper, saler, mâcher, gober ou savourer.


Du temps pour aimer, rejeter ou frapper.


Du temps pour les autres

sans masque

du temps pour sa gueule.

Du temps pour sentir ou ne plus sentir 

aider ou se repaître.


Du temps pour la solitude

ou les amants.

La création 

ou le néant.


Du temps pour les fenêtres, 

les ouvertures,

du temps pour les serrures

cadenas au diapason des prisonniers.


Du temps pour les libertés intérieures

et les démons enfermés.


Du temps pour le bleu du ciel

et le bleu des coups bas.


Du temps pour l’hypocondrie

pour s’écouter mourir.


Du temps pour la mesure et la chamade

l’angoisse de l’hôpital.


Du temps pour les applaudissements

et la nausée des discours.


Du temps pour la colère 

virtuelle et réelle.


Du temps pour réfléchir et maudire.


Et du temps pour l’autrement, l’ailleurs hypothétique

pour écrouler les vieux paradigmes.


Du temps pour le canapé

l’horizontalité.


Du temps pour les enfants

grands dévoreurs du temps

et vainqueurs du moment présent.


Du temps pour écouter les anciens à l’autre bout du fil.

Palper leur absence.


Du temps pour attendre, attendre… 

Du temps pour attendre…

la fin du temps.

Marie FIDEL


Crédit photo  Andrey Grushnikov 


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